24.08.2010

Premiers baisers



Ce baiser lumineux que la nuit étoilée

Déposa tendrement sur ta gorge voilée

Aviva mon désir, jusqu'alors en veilleuse,

Et je brûlai soudain d'une ardeur merveilleuse.

D'une flamme accusée, fougueuse, malséante

Dieu merci ! Tu guettais une étoile filante,

Et ne soupçonnas point mon trouble évocateur.

Moi, je parlais du temps et du site enchanteur

Nous cheminions ainsi.Je savais un vieux hêtre,

Nid d'ombre avantageux, où je pourrai, peut-être,

Etayer l'argument, poser mon avantage,

Tout en sauvegardant ta pudeur d'enfant sage

.Je dégrafais déjà ton corsage opiniâtre ;

Je lutinais tes seins et, d'une main folâtre

J'atteignis promptement un endroit plus secret.

Je m'apprêtais enfin à un acte concret,

Lorsque, nous allongeant, nous eûmes la surprise

De voir se dérober une éminence grise

Dont nous allions, ma foi, nous servir de coussin !

Le coussin se scinda, en sonnant le tocsin ;

Nous fûmes bouche bée devant la fuite folle

D'un couple à demi nu, dont nous venions, parole,

D'anéantir l'instant décisif des ébats !

Nous perdîmes, du coup, toute ardeur au combat !

Bucolique aventure, au triste dénouement ;

Nous n'irions plus au bois, je t'en fis le serment !

Ce fut une autre nuit, sans trouble ni discorde,

Que je t'appris l'amour ... place de la Concorde.

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Histoires d'Issoire



J’m’en vas vous conter mes vacances

C’était assez loin de Byzance

En mieux ! J’m’en fus gaiement à Issoire

Voir le soleil à travers une passoire.

J’suis montée au colimaçon des beffrois

Et là, j’avoue avoir connu l’effroi

Un vertige d’ivresse sans pareil

Au-dessus des villes merveilles.

J’ai fait le tour du lac Pavin

En sautillant comme un lapin

Enjambé les rus, évité les éboulis,

Mes baskets étaient foutues, tant pis.

J’ai traversé les champs de chaume

En admirant le Puy de Dôme

Grimpant aux arbres comme un babouin

Pour m’assurer qu’Issoire n’était pas loin.

J’ai posé parmi les tournesols

Sans lâcher ma p’tite boussole

Pour ne pas m’perdre dans la forêt

Quand j’ai vu l’épaisseur des fourrés.

J’ai visité un beau château

Dont les remparts étaient si hauts

Que je me suis penchée pour voir

Où était passée Issoire …

J’avais si peur de m’en éloigner

Que quand j’ai fait dix kilomètres à pied

J’ai voulu embrasser la terre

Et mon bras en a souffert.

Mais j’ai bien eu de la chance

Jack l’éventreur partait en vacances

Je suis rentrée en demandant à boire

Et j’ai goûté la bonne bière d’Issoire.

J’ai bu aussi de l’eau féru, de l’eau ferrugineuse,

Une expérience bien hasardeuse,

Quand on voit l’eau rouge de la source couler,

On rêve d’épouser un quincaillier.

Je me souviens aussi du Jacquemart

Qui crie au ciel : « j’en ai marre »

Et de Mandrin, voleur de grands chemins

Qui en Auvergne était venu perdre le sien.

J’ai adoré les escaliers, que du bonheur,

On m’a même enfermée avec un dépeceur,

Rien de bien méchant, quant on songe avec espoir

Que la dernière étape sera Issoire.

J’ai traversé la rivière sur des cailloux pointus

Marché sur des chardons les pieds nus,

Il en a fallu des bières- gentiane à boire

Pour persister à rester à Issoire.

Quand j’ai demandé un jour de repos

Les Speedy m’ont regardé de haut,

J’ai bien compris que pour dormir un peu

Il me faudrait me séparer d’eux.

Pour finir, j’ai vu les vestiges troglodytes,

Un truc à te filer pour toujours de l’arthrite

Heureusement c’est un endroit on ne peut plus pénard

On ne s’y fait attaquer que les dimanches soir.

Je suis rentrée en kit, mais nous en sommes quittes,

Les amis vous savez où j’habite,

Venez quand vous voulez, et sans histoire,

Je vous ferai regretter la belle Issoire !

Tout cela, au fond, n’est que plaisanterie,

Et je tiens à vous dire un grand merci

Pour votre accueil chaleureux et votre gentillesse notoire ;

C’est sûr : je reviendrai un jour à Issoire !

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L'ennui nuit



Je n'aime pas les gens ennuyeux.

Ils ont mis de la naphtaline dans leurs charentaises, pour être sûrs de les retrouver en bon état, sans mite, sans trou, sans rien.

Je passe cinq minutes avec eux, par altruisme mais je ne peux rester davantage, n'insistez pas.

Alors que la vie est pleine de surprises, d'aventures, et qu'il suffit de ne pas se conformer aux habitudes, certains se complaisent dans la routine, enchaînés par la peur de voir leur petit horizon bouger.

Quel ennui !

Ils refusent tout ce qui sort de l'ordinaire, tout ce qui n'est pas tracé, pesé, emballé dans leur mode de vie et ainsi passent les jours, les mois, les années.

Il y a pourtant une joie certaine à savourer la découverte d'un trou de mite dans sa pantoufle, et de se dire :

"Chouette, je vais m'en acheter une nouvelle paire !"

Et puis pourquoi se cantonner à ces vieilles savates fourrées, avec des carreaux ?

Quel ennui !



Le test du Professeur Jo Bard, attaché à je ne sais plus quelle faculté, le démontre assez bien.

Il suffit de cacher les pantoufles d'une de ces personnes, un soir, sans crier gare.

Lorsqu'elle rentrera de sa dure journée de labeur, pour gagner son beurre (et peut-être un peu de crème avec) cette personne ennuyeuse risque d'avoir une éruption de boutons, de devenir hystérique, violente, si ses pieds débarrassés de ses chaussures ne trouvent pas immédiatement refuge dans ses pantoufles.

Si, comme moi, vous ne supportez pas l'odeur de la naphtaline, courage, fuyez !
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